Tribunal correctionnel de Lille: Un sans-papiers accusé d’abandon familial
Une jeune femme accuse son ex-concubin de vol avec coups et blessures. Le procureur de la république estime ses accusations insignifiantes. Et le procès prend la tournure d’un abandon familial.
Par Sami Bruno
« C’est extrêmement désagréable de n’avoir pas préparé les dossiers au préalable », s’énerve la présidente de séance, dans une prise de bec avec l’avocate de Virginie, la plaignante et partie civile. Le procureur de la république enfonce le clou en apportant son soutien l’accusé, Afed : « C’est mon métier d’accuser les gens, mais je ne le fais pas sans preuves. Parce que je ne considère pas un banal différend conjugal comme une preuve solide. Et si vous me parlez du certificat médical de constatation d’hématomes et de bleus, je vous réponds que sur 100 j’en ai vu 90 faits par des médecins familiaux, mais qui n’ont pas de valeur ».
L’histoire remonte à plus de deux ans. Jeudi 7 novembre 2007 : Virginie, 32ans, et son concubin Afed, 25 ans ne s’entendent plus. Ils ne partagent plus le même appartement. Leur fils, aujourd’hui âgé de 2 ans et demi, reste leur prétexte de rencontre. Afed vient le voir au 45 rue de… chez Virginie. Mais ce jour-là, quand il arrive, après 45 jours passés sans voir son fils, elle, est en train de déménager. Elle rejoignait sa mère pour « se cacher d’Afed », dit-elle ; mais selon ce dernier c’est plutôt pour « fuir le bruit de ses voisins alcooliques ».
Afed leur propose son aide, mais celle qui se considérait désormais comme son ex-concubine décline l’offre. Le père demande alors à voir son fils. Elle lui répond qu’il n’en est pas question en bouclant l’appartement, pour l’empêcher d’avoir accès au gamin. Il veut lui retirer les clés, elle prend la fuite. Ainsi commence une poursuite et Virginie finit par chuter. Afed récupère les clés et retrouve son fils…
Un mois passe et l’amour reprend ses droits. Virginie invite le père de son fils à la rejoindre dans sa chambre familiale. Aussitôt installé et au bout de deux jours, il reçoit une convocation de la police de Marq-en-Baroeul. Il s’y rend et l’agent de police l’informe du contenu de la plainte déposée contre lui : « coups et blessures, étranger en situation irrégulière ».
Afed s’est interrogé sur l’auteur de la plainte. Mais ce mardi 19 janvier, il apprend qu’elle venait de la mère de son fils. Le procureur de la république ayant réfuté les accusations du dossier, l’avocate de Virginie argumente sur une autre base : « Madame la présidente, ma cliente porte plainte pour abandon familial de son ex-concubin. Pendant cinq mois il n’a pas pourvu aux charges alimentaires de son fils… Elle demande donc 500 euros. »
L’accusé promet d’honorer ses charges. Seulement quand il aura trouvé un travail. La délibération est prévue pour le 23 février.
Tags: coups et blessures, différend conjugal, étranger en situation irrégulière, Le Procureur de la République, Lille, Marq-en-Baroeul, plainte

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