A 53 ans, l’abbé Joseph Yaméogo a entamé en juin dernier sa troisième année sabbatique au diocèse de Lille alors qu’il n’en avait demandé qu’une. Presque smicard avec 122 euros de loyer, il réfute l’idée que ses avantages  financiers soient un signe de bien être dans une société française en perte de foi religieuse.

Par Bruno Sanogo

La croix  pendante au cou. Une alliance de chasteté à l’annulaire gauche. Ce décor ne réussit pas à cacher ce personnage en guerre intérieure de choc culturel. Le père longe la rue qui va de la station du métro à son appartement. Tête baissée. Il ne regarde que ses orteils. Jusqu’à ce que le bruit des pas d’une personne arrivant en face lui fassent lever la tête. C’est pour éviter de heurter la personne. Dans le métro, il s’abstient de dire bonjour à ceux qui sont à côté de lui. Même si sa conception burkinabè des rapports humains est bien différente. L’abbé y met du sien pour s’adapter dans une France en perte de valeur.

Le bonsoir désemparant !

Ce vendredi soir, c’est dans la salle à manger du rez-de-chaussée de cette rue d’Hellemmes que je m’entretiens avec l’abbé Joseph Yaméogo. Pour commencer, il philosophe : «  Les occidentaux  ont leurs modes de vie et il faut faire avec ! » Pourtant, dans son être intérieur le prêtre vit mal ses années sabbatiques occidentales : « Il a fallu que je me fasse violence par rapport aux mœurs de cette société », avoue-t-il. Avant de poursuivre : «  Ce soir même, j’ai dit « bonsoir » à une dame à la poste que je croyais avoir rencontrée dans ma paroisse. Elle en était désemparée. Parce qu’elle se demandait pourquoi je la saluais. »

Michel Giraudot, un de ses vieux amis français et connaisseur du Burkina, savait que cela lui arriverait. « Ce n’est pas les mêmes rapports avec le prêtre au Burkina qu’en France. Ici, il est un homme ordinaire comme tout le monde. Et même les communions sont beaucoup plus des occasions du manger et du boire, mais au fond elles n’ont  pas autant de sérieux que là-bas. », rapporte t-il.

Joseph Yaméogo dans sa salle à manger d'Hellemmes

Joseph Yaméogo dans sa salle à manger d'Hellemmes

L’histoire de son exil commence en Juin 2007. L’abbé Joseph Yaméogo arrivait au bout de vingt ans de sacerdoce à Koupéla. Il demande alors une année sabbatique à son évêque. Destination le nord de la France. Parce qu’à La Madeleine, dans la banlieue lilloise, le père s’était lié d’amitié avec une famille. C’est cette famille madéleinoise qui coordonne les démarches entre les deux diocèses : celle de Lille et celle de Koupéla.

Tout faire tous les jours

A l’arrivée du père, l’archevêque de Lille le nomme vicaire de la paroisse Sainte Thérèse de l’enfant Jésus à Hellemmes, toujours dans la banlieue lilloise. Sa mission est bien définie : la célébration des mariages, des baptêmes et des messes pendant la semaine. Seul bémol pour les unions sacrées: « Je suis choqué de voir que  lors de la célébration d’un mariage, les participants ne savent même pas dire : Amen !  Cela signifie qu’on vient au mariage juste pour se faire voir. », se morfond le père. Il s’occupe aussi des enterrements et des réunions de paroisse. Tout cela en secondant le père Emile Reims, curé principal.

Après plus an de service à Hellemmes, et à la fin de son année sabbatique demandée, il rempile pour une autre année. Le Monseigneur Séraphin Rouamba, son évêque burkinabè lui en a accordé le droit. C’était selon le père Joseph : « Pour vivre véritablement ce que j’ai commencé à expérimenter », fait-il valoir. L’évêché de Lille en profite pour le nommer curé de Fives, une autre paroisse de la banlieue lilloise. C’est là que sa tête commence à se remplir de mille et une choses à faire en même temps. Ce n’est pas comme au Burkina, où il exécutait les tâches au jour le jour, selon la « volonté du Seigneur ». En France, on tient à tout faire tous les jours. Conséquences, conclu le prêtre : « On ne sait même plus si on a fait quelque chose de bien utile. Mais j’essaie de marcher à leur rythme. »  En fin aôut 2010, ce sera sans appel : « Je rentre au pays. Parce que les fidèles de là-bas ont plus besoin de moi. », conclu le père Joseph.

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Née en Guinée-Conakry mais à Kankan, cet athlète de haut niveau est aussi une femme pleine de maternité. A 32 ans, Kensa Sylla partage son temps avec des sportifs d’origines africaines de la ville de Cholet.

Par Bruno Sanogo

 

C’est la deuxième fois qu’elle met entre parenthèse sa carrière d’athlète pour des raisons de maternité. Dans son magasin d’objets d’arts et de bijoux africains de la rue nationale ce matin-là la mère d’Oumar, un des ses stagiaires sportifs, s’arrête pour lui dire bonjour et lui montrer le papier qu’elle a réussi pour son fils. « Ah c’est sa licence. », lui explique Kensa. « Ah bon, ça veut dire quoi licence? », la questionne en retour la mère d’Oumar…

Comme Oumar, ils sont dix neuf enfants d’origine africaine à bénéficier de l’expertise et des conseils de Kensa Sylla tous les samedis. Dans l’attente de son deuxième enfant, la championne d’athlétisme Espoir d’Afrique 1998 arrête sa carrière juste le temps d’accoucher et de prendre soin de son enfant. « J’ai arrêté quand j’attendais mon premier fils, qui a aujourd’hui six ans et c’est pareil pour le deuxième que je porte depuis trois mois », commente t-elle. En attendant, elle tient ce magasin d’objets d’arts africains pour s’occuper. En février dernier, elle s’est rendue à Ouagadougou pour en ramener des sculptures en bronze.

Kensa Sylla dans son magasin choletais

Kensa Sylla dans son magasin choletais

Essai au basket, mais succès en athlétisme

Née dans une grande famille malinké de Kankan, la deuxième plus importante ville de la Guinée, Kensa Sylla ressentait une frustration d’être une fille à son enfance : «  mon père avait plus d’estime pour les garçons que pour moi. C’est de là que j’ai commencé à travailler fort pour lui montrer que j’étais capable de faire les mêmes tâches que les garçons. », se souvient-elle.  

En classe de troisième, elle est lauréate d’une bourse de soutien à l’émancipation de la femme. Parce qu’elle avait obtenu 15 de moyenne. Elle a signé les papiers qu’il fallait, mais elle n’a pas vu la couleur de sa bourse dans un pays, où le népotisme fait rage. Et l’athlétisme est venu par le pur des hasards. Quand elle avait 17 ans, elle s’ennuyait en classe  et avait une coupe de cheveux à la garçonne. Pas de copines, elle commence cependant par  faire du basket avec des filles. Cela ne dure pas longtemps : «  Il y avait beaucoup de petites jalousies. Et mon entraîneur a remarqué que le travail en groupe était difficile pour moi. Il m’a donc suggéré de m’essayer au cross. » Essai réussi.

Nous sommes en  1996, année où elle remporte une compétition d’athlétisme organisée par une banque guinéenne. Et tout se joue à partir de là. Elle enchaîne les préparations des tournois scolaires en s’entrainant tous les jours de la semaine sans répit. Parce que «  j’avais la chance d’avoir un stade à 6 kilomètres de chez moi », affirme t-elle. La médaille n’attend pas longtemps. Kensa Sylla est couronnée du titre de championne nationale. Et cerise sur le gâteau : elle a la promesse de représenter la Guinée aux Jeux Olympiques d’été à Atlanta.

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Népotisme et ethnicisme à la Conté.

Elle s’y prépare à fond. Jusqu’à ce jour, où  une personne du jury de sélection des dossiers vient la retrouver alors qu’elle faisait des tours de terrain. Cet homme l’a regarde courir avec beaucoup de détermination et d’un air déçu, il lui lâche : « Je  rentre de l’assemblée de délibération à Conakry et votre dossier n’est malheureusement plus retenu. » Froid dans le dos. Elle ne comprend plus rien. Le paradoxe est énorme : elle courait 1500 mètres en moins de 4 minutes. C’était le minima exigé pour les filles.  Le problème, une fois encore, était à la fois lié au népotisme du gouvernement de Lassana Conté, le président guinéen de l’époque. Mais aussi à un critère ethnique : «  Moi, je suis malinké et les membres de la fédération guinéenne étaient presque tous des soussous, qui se servaient de l’opportunité des jeux olympiques  comme d’un visa d’exiliation de leurs enfants en Occident. »  

Cinq ans plus tard, à la faveur du championnat Espoir à Budapest auquel elle  a enfin réussi à représenter la Guinée, Kensa Sylla décide de ne plus retourner  au pays. Envers et contre les protestations de la fédération guinéenne d’athlétisme, elle va s’installer à Paris chez une cousine. Là commence les dures démarches pour intégrer le Cercle d’Athlétisme de Montreuil. Elle en bave, parce que la fédération guinéenne continuait de faire pression sur les clubs parisiens susceptibles de la recruter.  Mais Kensa finira par montrer les preuves de ses mérites. Et le cercle d’athlétisme de Montreuil se laisse convaincre en lui ouvrant ses portes pour une année.

Son « Landaya » aux fils d’immigrés.

En  fin de contrat, elle commence à ressentir beaucoup de mal avec la vie parisienne, où son itinéraire était toujours : « RER-BUS-ESCALIERS-TERRAIN-ENTRAÎNEMENT- » en aller et retour.  Kensa allait très loin de chez elle pour trouver un terrain d’entraînement. Elle en avait marre et les incompréhensions de son oncle, de sa cousine et de sa famille restée au pays ajoutent un blocage psychologique à son stress quotidien. «  Ils pensaient que mon niveau de sportivité me rapportait beaucoup d’argent que je refusais de partager avec eux. Ça m’a fait beaucoup mal d’avoir été considérée comme une égoïste », confie t-elle avec des larmes aux yeux.

Heureusement un cousin habitant Cholet comprend son problème. Il l’invite à y faire un séjour pour voir si ça lui plairait d’y vivre. « Après ce séjour, j’ai dit oui tout de suite  à l’Entente des Mauges ». C’est  dans ce club d’athlétisme de  la ville la plus sportive de France, qu’elle s’épanouie véritablement.  Au bout de cinq ans de vie elle se sent intégrée au point d’avoir fondé en 2007 l’association « Danaya », confiance en français, pour encadrer des enfants d’immigrés africains qui souhaiteraient faire carrière dans le domaine sportif. «  Cholet Basket est champion de France 2010. Regardez de près cet équipe, la moitié des joueurs a une origine africaine », fait-elle remarquer.

A l’approche des élections présidentielles en Guinée, Kensa Sylla regrette la perte de vue sur les vraies priorités de ses compatriotes : «  Ce n’est pas en utilisant plus de 32 millions d’euros pour la tenue des élections qu’on remplira le ventre des Guinéens. Les gens ont besoin de se soigner et d’aller à l’école », tranche t-elle.

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Une jeune femme accuse son ex-concubin de vol avec coups et blessures. Le procureur de la république estime ses accusations insignifiantes. Et le procès prend la tournure d’un abandon familial.

Par Sami Bruno

«  C’est extrêmement désagréable de n’avoir pas préparé les dossiers au préalable », s’énerve la présidente de séance, dans une prise de bec avec l’avocate de Virginie, la plaignante et partie civile. Le procureur de la république enfonce le clou en apportant son soutien l’accusé, Afed : « C’est mon métier d’accuser les gens, mais je ne le fais pas sans preuves. Parce que je ne considère pas un  banal différend conjugal comme une preuve solide. Et si vous me parlez du certificat médical de constatation d’hématomes et de bleus, je vous réponds que sur 100 j’en ai vu 90 faits par des médecins familiaux, mais qui n’ont pas de valeur ».

L’histoire remonte à plus de deux ans. Jeudi 7 novembre 2007 : Virginie, 32ans, et son concubin Afed, 25 ans ne s’entendent plus. Ils ne partagent plus le même appartement. Leur fils, aujourd’hui âgé de 2 ans et demi, reste leur prétexte de rencontre. Afed vient le voir au 45 rue de… chez Virginie. Mais ce jour-là, quand il arrive, après 45 jours passés sans voir son fils, elle, est en train de déménager. Elle rejoignait sa mère pour « se cacher  d’Afed », dit-elle ; mais selon ce dernier c’est plutôt pour « fuir le bruit de ses voisins alcooliques ».

Afed leur propose son aide, mais celle qui se considérait désormais comme son ex-concubine décline l’offre. Le père demande alors à voir son fils. Elle lui répond qu’il n’en est pas question en bouclant l’appartement, pour l’empêcher d’avoir accès au gamin. Il veut lui retirer les clés, elle prend la fuite. Ainsi commence une poursuite et Virginie finit par chuter. Afed récupère les clés  et retrouve son fils…

Un mois passe et l’amour reprend ses droits. Virginie invite le père de son fils à la rejoindre dans sa chambre familiale. Aussitôt installé et au bout de deux jours, il reçoit une convocation de la police de Marq-en-Baroeul. Il s’y rend et l’agent de police l’informe du contenu de la plainte déposée contre lui : « coups et blessures, étranger en situation irrégulière ».

Afed s’est interrogé sur l’auteur de la plainte. Mais ce mardi 19 janvier, il apprend qu’elle venait de la mère de son fils. Le procureur de la république ayant réfuté les accusations du dossier, l’avocate de Virginie argumente sur une autre base : « Madame la présidente, ma cliente porte plainte pour abandon familial de son ex-concubin. Pendant cinq mois il n’a pas pourvu aux charges alimentaires de son fils… Elle demande donc 500 euros. »

L’accusé promet d’honorer ses charges. Seulement quand il aura trouvé un travail. La délibération est prévue pour le 23 février.

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(Reportage du Midi Libre)  « L’égoïsme et la haine ont seuls une patrie, la fraternité n’en a pas ! ». Cette pensée de Lamartine mériterait d’être gravée en lettres d’or aux frontons des cathédrales, temples et mosquées de Nîmes, lorsque l’on mesure l’immense attention que la population accorde à dix-neuf réfugiés afghans, placés sous sa vigilante protection depuis plus d’un mois. Certes, les protestants descendus des Cévennes avec de la terre de résistance sous leurs chaussures, ont été les plus prompts à témoigner de leur solidarité, mais ils ont été rapidement rejoints par plusieurs centaines de personnes anonymes et bénévoles, désireuses d’adoucir la détresse de ces réfugiés qui ont fui une terre de larmes et de sang.

« Le plus pauvre des Afghans montre au visiteur qui vient

de l’étranger, une courtoisie et une générosité sans pareille ».

afghans Nîmes

Puissions-nous mériter à notre tour, de tels égards d’humanité !

De là-haut, tout là-haut, où lui remontent des souks de Kaboul les effluves de cannelle et cardamone qui parfument tant de ses récits, Joseph Kessel doit être rassuré sur la nature humaine. Et son sens de la fraternité. Que n’en témoigne l’immense élan de solidarité qui s’exerce depuis le 22 septembre, à Nîmes, autour de dix-neuf Afghans, protégés tel un convoi de safran, par un réseau d’associations et de particuliers qui se jouent de toutes les frontières spirituelles, philosophiques ou politiques. Leur seul viatique : une capacité à s’indigner du sort « inhumain » que l’homme, dont la morale ne paraît plus être une faculté naturelle, peut parfois réserver à son prochain.

Originaires pour la plupart des hautes régions tribales, voisines du Pakistan où les talibans, « miliciens du vice et de la vertu », imposent la redoutable loi coranique, ces Afghans font partie de la quarantaine de réfugiés expulsés de la « jungle » de Calais vers le centre de rétention administrative de la préfecture du Gard. Après un épouvantable voyage en bus qui avait heurté jusqu’à l’escorte policière, ils avaient été libérés sur le champ par le juge des libertés, qui avait, alors, estimé que les conditions d’interpellation et de transfert n’avaient pas permis à ces réfugiés de disposer – comme le prévoit la législation – de deux jours francs de liberté pour préparer leur défense.

« Dès que nous avons su que ces Afghans étaient dehors, au beau milieu de la nuit, dans une ville qui leur était étrangère, la mobilisation a été immédiate et une vaste chaîne de solidarité s’est mise en œuvre. D’abord à l’initiative de l’Eglise réformée, rejointe sans délais par l’église catholique et de nombreuses associations : France-Palestine, Réseau d’éducation sans frontières, banque alimentaire, secours catholique, Croix-Rouge… jusqu’aux bouchers allal de quartiers populaires qui nous offrent de la viande et des volailles », commente la présidente de la Cimade, Hélène Reille.

Si le gîte est assuré par la communauté catholique (lire ci-dessous), ces migrants qui parlent essentiellement pachtoun et farsi, ont le couvert garanti au temple de la Fraternité. Les Afghans y accueillent le visiteur d’un généreux sourire, d’une franche poignée de mains et d’une tasse de thé vert qui fait oublier les rigueurs des hauts plateaux de l’Hindukush. « Nous leur offrons l’hospitalité, mais nous sommes en permanence leurs invités. Ce sont des gens très attachants, d’une infinie courtoisie et d’une politesse exquise. Hommes de culture, même s’il n’y a plus d’école depuis trente ans en Afghanistan, ils sont impressionnants lorsqu’il s’agit d’apprendre, de s’instruire et nous faire partager leur propre culture. Tous se débrouillent déjà pas mal en français courant », ajoute Hélène Reille, qui rejoint ses protégés quotidiennement, à l’heure du dîner.

Messagère d’espoir pour ces étrangers démunis dont elle loue à la moindre occasion, « la dignité et l’extraordinaire adaptation », cette femme chef d’entreprise, militante de la première heure de l’association œcuménique La Cimade, vient rarement les mains vides : « Dans la journée, je croise toujours quelqu’un qui a pour ces Afghans une délicate attention : quelques paquets de tabac à rouler, des cartes de téléphone, du chocolat… et même des places gratuites pour les matchs de Nîmes Olympique. La mobilisation est exceptionnelle, je reçois des lettres de soutien et des dons de la France entière ». Puisse la fraternité du malheur rester longtemps la plus réconfortante !

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A Calais, un migrant d’origine indienne a été retrouvé mort dans une remorque de camion, ce matin, à 8h15, selon la préfecture du Pas-de-Calais. Lors du contrôle de CO2, qui détecte les respirations, les agents de la Police aux frontières ont décidé d’ouvrir les portes du camion, avant que celui-ci n’embarque vers l’Angleterre. Ils ont trouvé trois réfugiés. L’un d’eux était inconscient. Les secours n’ont pas réussi à le ranimer. Il avait 25 ans.

Hier soir, le temps était au brouillard sur Calais. Des silhouettes attendent devant le bureau des Douanes françaises. « Ce sont des ombres dans la ville », soupire Jean-Claude Lenoir, le vice-président de Salam, une association d’aide aux migrants. De l’autre côté de la rue, la distribution de nourriture. Le lieu est nouveau, offert par la mairie et le conseil régional. Il est ouvert depuis une semaine. Macadam par terre, six robinets, un vrai luxe pour les migrants, qui en profitent pour se laver les mains et les pieds. Des cabines pour les associations. Ce soir-là, l’une d’elles sert à un médecin bénévole, venu passer ses  vacances à Calais, pour soigner. Il a acheté sur ses fonds propres des médicaments, et il tient sa permanence pour les bobos. Les pathologies plus lourdes sont renvoyées vers la permanence d’accueil de soins. Sous les halos orangeâtres des lampadaires, les jeunes Afghans rient, jouent au foot. L’un d’eux a onze ans, il est accompagné de ses cousins, seize ans à tout casser. 187 repas ont été servis ce soir-là. Ce n’est pas beaucoup : les bénévoles évoquent plutôt une moyenne de 300 chaque jour. N’en déplaise à M. Besson, ministre de l’Immigration. Et des campements provisoires se nichent dans tous les recoins de Calais, sous les ponts, le long des voies ferrées, dans les parcs, depuis la destruction de la jungle.
Le lieu est propre, fonctionnel, mieux que le terrain vague où étaient servis les repas du midi. « C’est une reconnaissance du problème, cela veut dire que les migrants vont continuer à venir, sinon ils n’auraient rien fait. Alors qu’on a détruit la jungle », remarque Myriam Guerey, du Secours Catholique. Jean-Claude Lenoir approuve : « c’est paradoxal. » Seul point noir, les grilles hautes de quatre mètres, surplombées de barbelés, sépare les migrants des habitations voisines. « On se croirait dans un camp de concentration », soupire Jean-Claude Lenoir. « Symboliquement, c’est lourd. »

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Du 06  au 16 novembre 2009  le voyage de « l’arbre vert au Burkina » pour participer au troisième festival Nord Sud de Tenkodogo.  Voici quelques images de l’édition passée d’un modèle de coopération entre les communes des pays Royannais en France et le Centre est du Burkina Faso.

Course à vélo dans les rues de Koupéla

Course à vélo dans les rues de Koupéla

Scène d'animation pour accompagner les coureurs

Scène d'animation pour accompagner les coureurs

Scène d'animation dans une rue de koupéla 2 [640x480]

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Par Sami Bruno

Mardi 20 octobre. Un vol charter pour Kaboul n’était ni à l’heure, ni à Lille Lesquin. Certainement à cause d’un souci d’Identité Nationale… Mon ancêtre leur aurait rappelé leur imponctualité. Mais cela leur importe peu.  Leur objectif  était  de tromper la vigilance des concitoyens qui, au lieu de se réjouir du départ  des trois Afghans sans Identité française, veulent se porter en défenseurs des « vieilles valeurs » gauloises. Ces hommes et femmes qui croient que la France n’a pas le droit de renvoyer des réfugiés de guerre dans le bourbier du crépitement des armes.

Or, on m’a jusqu’ici enseigné à l’école que la France est le meilleur pays des droits de l’homme. A cette école où les colons s’en prenaient aux bouts d’oreilles de mes ancêtres. Parce qu’ils ne venaient pas à l’heure quand ils restaient pendant une heure auprès d’un frère ou  d’une soeur  malade. Quand leur cousin était décédé et qu’ils participaient aux funérailles. Cette école où M. DELAFRANCE a cru avoir appris à mon papa à secourir ceux qui étaient dans la détresse.

Puis vient mon tour dans leur école. Et j’y vais toujours et on s’évertue à m’apprendre que chez moi, on n’est pas libre de dire ce qu’on pense. De dire non quand on refuse. Jour et nuit leurs télévisions ne me laissent pas le choix de voir autre chose en Afghanistan que des attentats à Kaboul et à Faloujah. Que des hommes armés jusqu’aux dents dans les rues. Qu’une élection entachée de fraudes considérables. Pour couper court, ils nous disent que dans nos pays il n’y a ni respect des droits de l’homme, ni démocratie.

Trois Afghans assis dans la "jungle"

Trois Afghans assis dans la "jungle"

Voilà qui nous amène chez eux. Même si  nos proches nous manquent, nous faisons front à leur climat sans pleurer. Nous faisons les travaux où ils ont besoin de mains d’œuvre et que les leurs n’aimeraient pas faire. Mes cousins maliens par exemple travaillent dans l’obscurité réelle et légale des gares SNCF de Paris. Ils ne nous donnent pas toujours un contrat juridiquement correct. Mais tant qu’on peut en espérer quelques sous en économies pour les nôtres restés au pays. Nous n’insistons guère sur les détails de droit.

Eric, un zélé en Sarkoland

Oh que Besson est zélé comme son ancêtre colon ! Il savait que ses anciens camarades socialistes auraient attendu aussi longtemps qu’il l’aurait fallu pour dire non à ce vol charter. Il fait donc croire que le vol est annulé. Scène de liesse des amis de la dignité humaine. Ça ne dure qu’une demie journée. Oui Eric savait que le charter ne passerait plus par Lille Lesquin, mais par  Roissy Charles de Gaule. Pire pendant que la presse le cherchait partout pour l’interviewer, M. BESSON se trouvait au stade aux côtés des supporters de l’Olympique Lyonnais.  A minuit les « bons Français » dormaient à poings fermés, lorsque le charter fait une escale rapide à Paris pour récupérer  ses trois passagers hors du commun. Destination Kaboul. Et Besson ose  déclarer : « Le seul fait que le pays d’origine soit en guerre ne vaut pas titre de séjour dans aucun  des pays développés dans le monde ». Or dans cette guerre la France n’est pas innocente. Elle a allumé le feu et son ministre y ramène ceux qui fuient la chaleur des flammes. Voilà l’état des droits de l’homme en Sarkoland !

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En décidant de récompenser le président américain, le comité Nobel a fait un choix controversé. Pour preuve, cette réaction du Times qui ne se montre guère enthousiaste.

Par Michael Binyon (New York Times)

Obama, le 21 septembre 2009

Obama, le 21 septembre 2009

L’attribution du prix Nobel de la paix au président Barack Obama va susciter incrédulité et consternation dans bien des capitales de la planète. Peut-être même ira-t-elle jusqu’à embarrasser l’intéressé lui-même. Rarement une décision aura été aussi manifestement politique et partisane. Le comité du Nobel norvégien y a clairement vu un moyen d’exprimer la gratitude de l’Europe pour la fin des années Bush, son approbation face à l’élection du premier président noir des Etats-Unis et l’espoir que Washington tienne sa promesse de renouer avec la communauté internationale.

Au lieu de cela, le prix risque de paraître grotesque dans ses prétentions, condescendant dans ses intentions et avilissant dans sa tentative de construire un homme qui vient à peine d’entamer son mandat, et qui est donc encore bien loin d’avoir accompli quoi que ce soit de tangible dans le domaine de la paix. Le prétexte du prix a été la décision d’Obama de “renforcer la diplomatie internationale et la coopération entre les peuples”. Nombreux sont ceux qui rappelleront que, si le président a effectivement promis de “relancer” les relations avec la Russie et de proposer un nouveau départ aux relations avec le monde musulman, pour l’heure, ses belles paroles tardent à se traduire en actes.

Les relations Est-Ouest ne se portent guère mieux qu’il y a six mois, et, si l’on peut parler de changement, il s’explique sans doute avant tout par la crise économique mondiale. Quant à la volonté tant vantée de l’Amérique de rétablir le dialogue avec le monde musulman, elle n’a pour l’instant pas obtenu de progrès concret sur la voie d’une résolution du conflit entre les Israéliens et les Palestiniens. Il est par ailleurs paradoxal de décerner un prix de la paix à un président dont la principale préoccupation est actuellement de savoir quand et comment accroître l’effort de guerre en Afghanistan. Si, entre-temps, la Maison-Blanche décide d’envoyer 40 000 hommes de plus en Afghanistan, le spectacle d’Obama montant à la tribune à Oslo pour recevoir un prix autrefois attribué à Nelson Mandela, Aung San Suu Kyi et Mère Teresa n’en sera que plus absurde. Aussi juste que cette guerre puisse paraître aux yeux de l’Occident, les musulmans risquent de ne pas être les seuls à se plaindre que la paix n’est que fort peu compatible avec une escalade des hostilités.

Ce n’est pas la première fois que le jury du Nobel fait des choix controversés. Certains prix semblaient couronner davantage un espoir qu’un parcours. Ainsi, celui décerné aux deux militantes de la paix en Irlande du Nord, Betty Williams et Mairead Corrigan, avait manifestement pour but d’envoyer un signal aux deux communautés en guerre de l’Ulster. Mais l’influence politique des deux lauréates s’est hélas révélée négligeable. Au Moyen-Orient, le prix attribué à Menahem Begin et Anouar El-Sadate en 1978 paraît rétrospectivement aussi naïf que celui remis plus tard à Yasser Arafat, Shimon Péres et Yitzhak Rabin – même si l’on peut arguer que les accords de Camp David, tout comme ceux d’Oslo, faute d’avoir ramené la paix, ont au moins été des tentatives de sortir de l’impasse. Cela étant, le prix Nobel d’Obama a plus de fortes chances d’être comparé au plus discutable de tous, celui revenu en 1973 à Henry Kissinger et à Lê Duc Tho pour les négociations ayant mis fin à la guerre du Vietnam. On n’avait alors pas manqué de rappeler que Kissinger avait défendu les bombardements  n’ayant jamais eu l’intention de respecter un traité de paix mais attendait la première occasion pour attaquer le Sud-Vietnam.

Obama devient ainsi le troisième président américain en fonction à recevoir le prix. Le jury du Nobel a fait savoir aujourd’hui que ce président avait “capté l’attention du monde”. Certes, son énergie et ses aspirations ont ébloui bon nombre de ses partisans. Mais, malheureusement, les Norvégiens en ont été à ce point aveuglés qu’ils n’arrivent plus à distinguer entre les espoirs et les réalisations. Ce qu’ont accompli tous les précédents lauréats en ressort terni.


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Il y a quelques jours, une agression au couteau a été commise dans le métro bruxellois. Samedi 26 septembre, de 14h00 à 14h30  une mobilisation spontanée aura lieu à Bruxelles : porte de Namur. J’y serai  pour tenir un discours dénonciateur et sensibilisateur. Nous ne devons pas rester bras croisés, car il s’agit de notre avenir.       Par Siméon Nday ( Communauté africaine de Bruxelles)

Les auteurs ainsi que la victime seraient membres de bandes urbaines. La veille, une autre altercation au couteau a eu lieu: Place Bara. Un jeune Africain de 19 ans a été tué par coups de blessures. Il s’agissait également d’une agression au couteau commise par une bande urbaine.

La communauté africaine de Bruxelles s’émeut et l’un des leurs diffuse le message suivant :

La violence et la criminalité au sein de l’immigration prend des proportions inquiétantes et particulièrement regrettables!  A titre d’exemple, deux adolescents d’origine congolaise ont été poignardés la semaine passée.
Nous nous souvenons tous du jeune Jo van holsbeek lâchement poignardé pour un MP3. Choqués par ce drame nous étions tous descendus dans la rue pour crier au scandale.
Actuellement, des tas de “jo” meurent dans les mêmes conditions et le phénomène semble s’accroître à une vitesse effrayante.
Mais silence total !
Le problème est que ces jeunes qui meurent ne sont que des noirs ou des arabes et cela fait une grande différence aux yeux de la société ; ce sont des citoyens de seconde zone.
La police, l’autorité politique, les réseaux d’enseignements, les services d’aide à la jeunesse, les parents qui laissent trainer leurs enfants sont tout aussi responsables que les coupables eux-mêmes.
On dit que les immigrés s’entretuent, mais comment pourrait-il en être autrement?
L’état a très intelligemment fabriqué des quartiers et des écoles ghettos. Un jeune noir ou arabe  vit dans un quartier d’immigrés. Il va dans une école d’immigrés. Son entourage est exclusivement immigré et  sa vie se déroule dans des murs cyniquement bâtis de l’immigration belge.  Tout ce qui leur arrive ne se manifestera qu’au sein de l’immigration.
Et  le rôle des parents doit également être dénoncé. Plusieurs d’entre eux négligent leurs enfants et s’étonnent que ces derniers n’aient plus de respect à leur égard.  Les politiciens aussi doivent être pointés du doigt. Car ils savent que nous sommes sur une poudrière , mais aucun d’eux n’ose porter ce problème.
Et nous ? Nous sommes aussi coupables de nous taire, d’avoir peur, de dormir pendant que nos petits frères disparaissent les uns après les autres.

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Par Sami Bruno

A 53 ans, Jacquy Prudor a anticipé sa retraite de cadre supérieur à Electricité de France pour retourner à la terre de Badougou Nafadji, au Mali. Portrait de cet aventurier qui a su forcer le destin…

« Il suffit de se baisser pour ramasser. Il y en a plein au sol », s’enthousiasme Jacquy.   Construire une maison sans ciment, sans bois et sans tôles : « yes, we can ! ». L’euphorie obamaniaque est devenue son slogan. A Badougou Nafadji, un village situé à 40 minutes de goudron et 6 kilomètres de piste de Bamako, la capitale du Mali. Sur une superficie d’un hectare, où une trentaine de manguiers offrent la verdure,  il a bâti trois maisons en terre crue. Créant un décor de pays  dogon sur un espace  mal formé jadis.

Jacquy, assis sur des briques en terre crue

Jacquy, assis sur des briques en terre crue

C’est possible, ça tient!

A l’intérieur de ces maisons, on est bien : 15 ° C ! Pourtant pas un seul climatiseur n’ y est installé. Ce sont des  constructions biologiques, qui ont rendu sceptiques les ministres de l’habitat, de l’environnement et de l’emploi du Mali. Quand Jacquy leur a  annoncé le projet. « Ce n’est pas possible. Ça ne tiendra pas. » lui ont-ils répondu. Ils ont été convaincus du contraire, après avoir mis les pieds sur le chantier.

En 1991, Jacquy est mis à la disposition de la direction internationale d’Electricité de France. Et un appel est lancé pour le poste de directeur de l’énergie et  de l’informatique au Mali. C’est un projet  de la Banque Mondiale pour lequel, il présente le profil  recherché. Il embarque pour Bamako. Sous la supervision de trois employeurs que sont: la  Banque Mondiale, le  Ministère des affaires étrangères et Electricité de France. Il travaille trois ans, comme coopérant, dans la capitale malienne. Il en profite pour se lier d’amitié avec le peuple de Badougou Nafadji. Où il partait en vacances le week-end. C’est comme cela  qu’il apprend à connaître ce village, ses hommes et ses femmes. Aujourd’hui il se sent chez lui, quand il y retourne, en  hiver pour six mois.

Un « self made man »

Jacquy est pourtant un ingénieur en arts et métiers français.  Parti de très bas. Tout commence pour lui en Normandie, où son enfance  a été peu reluisante. A cause de la pauvreté de ses parents. Il  connut l’eau courante et l’électricité à l’âge de dix ans.

Fils aîné de cinq enfants, il entame la vie professionnelle, à 16 ans, comme serveur au restaurant du Mont Saint Michel. Il  venait  de réussir à son certificat d’études primaires. Parallèlement à son boulot, Jacquy continue de suivre des cours du soir. Jusqu’à sa thèse  sur le générateur de langage en informatique. Il a 25 ans. Après sa soutenance, le jeune docteur est affecté au centre d’études et de recherche d’ Electricité de France. Dans le même temps le Conservatoire national des arts et métiers de Paris l’engage comme enseignant des cours préparatoires et dirigeant des travaux pratiques du premier cycle.

Il  dispense les cours avec passion et dévouement. Ses collègues enseignants l’apprécient au point de l’élire, doyen de la faculté alors qu’il n’avait que 27 ans. Son ascension est plus que jamais mise en branle au conservatoire, mais pas pour longtemps. Car il refuse un poste de maître de conférence, préférant  repartir chez EDF : « Je vous aime bien, mais les conditions salariales sont loin de ce que je pourrais avoir chez EDF », s’excuse t-il auprès de ses étudiants.

D’autres images du chantier à Badougou Nafadji

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